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Archives de Tag: Kingston

Ghettos de Kingston (3/3) : Trenchtown

S’ils sont nombreux à pousser autour de la ville dès les années 40 et se nomment  par exemple Ackee Walk, Back-A-Wall ou Jones Town, il en est un qui symbolise par lui seul l’essence même du ghetto, la culture urbaine jamaicaine et ses musiques populaires. Il s’agit du mythique Trenchtown.

L’extrême pauvreté des habitants de ce quartier ainsi que son insalubrité dans les années 60, vont être le terreau d’un grande activité musicale et de l’éclosion nombreux musiciens de talents. C’est en effet à Trenchtown que naît véritablement des genres musicaux comme le rocksteady et surtout, le reggae en 1968. Parmi les nombreux artistes qui éclosent de Trenchtown, il y a Bob Marley, Peter Tosh, Joe Higgs, Alton Ellis, Lord Tanamo, Toots & The Maytals, Wailing Souls, Delroy Wilson… Bunny Wailer, du groupe The Wailers et lui aussi originaire de ce quartier, dira même de Trenchtown qu’il est le « Hollywood jamaïcain ».

Toots & The Maytals

Peter Tosh

Bunny Wailer

Néanmoins, Trenchtown reste un ghetto où la pauvreté, le trafic de drogue et la criminalité sont très élevés.

Trenchtown est mentionné dans les chansons No Woman, No Cry (album Natty Dread),Trench Town (album Confrontation) et Trenchtown Rock de Bob Marley,

Un quartier dans Trenchtown s’appelle Cooreville Gardens et a pour particularité que ses rues ont le nom d’artistes reggae jamaïcains connus lors de son développement.

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Jamaica Music Institute (JAMIN) : Le nec plus ultra du son pour la Mecque des musiques jamaicaines

En hommage à la contribution de Trench Town en matière musicale, a été créé en 2011, au sein même du ghetto le Jamaica Music Institute (JAMIN), projet rendu possible grâce au programme des Nations Unies pour le Développement, le Jamaica Violence Prevention et le Peace and Sustainable Development Programme (programme pour la paix et le développement durable .

JAMIN bénéficie d’un studio d’enregistrement équipé de matériels à la pointe de la technologie, ainsi que d’un « laboratoire de formation » pour les futurs ingénieurs du son, de quoi former et certifier aux normes internationales les musiciens, producteurs et ingénieurs du son du pays.

Outre les perspectives d’emploi la création de JAMIN a l’ambition de modifier l’image négative de Trench Town, considéré encore comme un lieu dangereux.

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Lire aussi : Voir Trench Town et mourir d’Hélène LEE

L’histoire mythique et dramatique de Trench Town, un des ghettos noirs les plus célèbres du monde, cœur de l’aventure reggae rasta et source d’inspiration de Bob Marley.

Fondée à la fin des années 30, la grande cité-dortoir à l’ouest de Kingston devient dès la fin des années 50 l’enjeu d’une guerre politique féroce. C’est l’époque où Marley s’y installe et commence à chanter : il emprunte ses lyrics aux gens qui l’entourent, payant parfois pour un jeu de mots, une phrase, un proverbe…
La force de sa musique vient de l’expérience très particulière de Trench Town. Des assassinats par centaines, une population terrorisée, la vie devenue impossible : la situation se dégrade inéluctablement. Séquelles du colonialisme, guerre froide, système complexe impliquant des narcotrafiquants colombiens, la CIA et certains hommes politiques influents de l’île ? Les  » maîtres du monde  » prennent des populations innocentes en otage. Mais la philosophie et la musique rastas sont là pour dévoiler les ficelles de ce jeu meurtrier et envoyer au monde un signal d’alarme. Une enquête minutieuse qui secoue le mythe reggae, tout en lui rendant justice.

Éditeur : Flammarion • Édition : 27/06/09 • Pagination : 396 •

 
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Publié par le avril 25, 2012 dans Club de lecture, Jamaïque

 

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Les ghettos de Kingston 1/3

Dans Island Song, Alex Wheatle décrit très bien les bidonvilles de Kingston, leur population bigarrée, la vie organisée autour des cours (les yards) où promiscuité, insécurité, drogue, prostitution côtoient également entraide et petits bonheurs.

Dans la réalité, Kingston est une ville surpeuplée d’environ 700 000 habitants (pour seulement 500 km2), dont plus des deux tiers  vivent dans des « ghettos » qui ont le nom de Ferry, Trench Town, Myrrhvilla, Waltham Park, Crescent Road, Bull Bay et Whitfield Town etc.

Exode rurale dès les années 30

Le phénomène de dépeuplement des campagnes s’accroît dès 1930.Le crash financier de 1929 et le cyclone qui frappe la Jamaïque en 1930 créent une importante récession économique dans le secteur agricole. Ainsi, lorsque les activités cessent dans les fermes et les mines de bauxite de Trelawny, Saint Elizabeth ou Clarendon, les Jamaïcains de l’arrière-pays sont nombreux à aller tenter leur chance à Kingston. Malheureusement, peu d’entre eux ont l’opportunité de trouver une activité rentable dans cette capitale surpeuplée, le marché du travail étant désormais saturé.

A la pénurie d’emplois s’ajoute un manque accru d’habitations et d’infrastructures. Les bidonvilles se développent à une vitesse incroyable dans la partie ouest de la capitale notamment. Par conséquent, à défaut de trouver une vie prospère à la ville, la grande majorité de ces nouveaux habitants n’y trouve que misère, pauvreté et insalubrité.

Politique Gangs et drogues

La vie politique en Jamaïque s’organise autour de deux grands partis, soit le Jamaica Labour Party (JLP) et le People’s National Party (PNP).

Pour contrôler leurs sphères d’influence réciproques, les leader politiques de chaque camp se sont rapidement entourés de milices recrutées dans les ghettos.

Sous la protection d’une partie des autorités de l’Etat, certains ghettos de Kingston et d’autres villes, sont de fait contrôlés par des chefs de gang, appelés « dons« .

L’usage des armes à des fins politiques ou économiques s’est très rapidement banalisé. Puis les posses, ces gangs asservis aux pouvoirs et d’une brutalité implacable, ont élargi et diversifié leurs champs d’activités, notamment dans le commerce des drogues : trafic de cocaïne de l’Amérique du Sud à l’Amérique du Nord et l’Europe et l’exportation de marijuana jamaïquaine.

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Un roman décrit très bien les liens entre les gangs, la drogue et la politique : Born Fi Dead – Laurie Gunst

Lire aussi l’article du Monde Diplomatique : En Jamaïque, les « ghettos » contre l’Etat

 
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Publié par le avril 4, 2012 dans Club de lecture, Jamaïque

 

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