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Archives de Catégorie: Club de lecture

Ghettos de Kingston (3/3) : Trenchtown

S’ils sont nombreux à pousser autour de la ville dès les années 40 et se nomment  par exemple Ackee Walk, Back-A-Wall ou Jones Town, il en est un qui symbolise par lui seul l’essence même du ghetto, la culture urbaine jamaicaine et ses musiques populaires. Il s’agit du mythique Trenchtown.

L’extrême pauvreté des habitants de ce quartier ainsi que son insalubrité dans les années 60, vont être le terreau d’un grande activité musicale et de l’éclosion nombreux musiciens de talents. C’est en effet à Trenchtown que naît véritablement des genres musicaux comme le rocksteady et surtout, le reggae en 1968. Parmi les nombreux artistes qui éclosent de Trenchtown, il y a Bob Marley, Peter Tosh, Joe Higgs, Alton Ellis, Lord Tanamo, Toots & The Maytals, Wailing Souls, Delroy Wilson… Bunny Wailer, du groupe The Wailers et lui aussi originaire de ce quartier, dira même de Trenchtown qu’il est le « Hollywood jamaïcain ».

Toots & The Maytals

Peter Tosh

Bunny Wailer

Néanmoins, Trenchtown reste un ghetto où la pauvreté, le trafic de drogue et la criminalité sont très élevés.

Trenchtown est mentionné dans les chansons No Woman, No Cry (album Natty Dread),Trench Town (album Confrontation) et Trenchtown Rock de Bob Marley,

Un quartier dans Trenchtown s’appelle Cooreville Gardens et a pour particularité que ses rues ont le nom d’artistes reggae jamaïcains connus lors de son développement.

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Jamaica Music Institute (JAMIN) : Le nec plus ultra du son pour la Mecque des musiques jamaicaines

En hommage à la contribution de Trench Town en matière musicale, a été créé en 2011, au sein même du ghetto le Jamaica Music Institute (JAMIN), projet rendu possible grâce au programme des Nations Unies pour le Développement, le Jamaica Violence Prevention et le Peace and Sustainable Development Programme (programme pour la paix et le développement durable .

JAMIN bénéficie d’un studio d’enregistrement équipé de matériels à la pointe de la technologie, ainsi que d’un « laboratoire de formation » pour les futurs ingénieurs du son, de quoi former et certifier aux normes internationales les musiciens, producteurs et ingénieurs du son du pays.

Outre les perspectives d’emploi la création de JAMIN a l’ambition de modifier l’image négative de Trench Town, considéré encore comme un lieu dangereux.

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Lire aussi : Voir Trench Town et mourir d’Hélène LEE

L’histoire mythique et dramatique de Trench Town, un des ghettos noirs les plus célèbres du monde, cœur de l’aventure reggae rasta et source d’inspiration de Bob Marley.

Fondée à la fin des années 30, la grande cité-dortoir à l’ouest de Kingston devient dès la fin des années 50 l’enjeu d’une guerre politique féroce. C’est l’époque où Marley s’y installe et commence à chanter : il emprunte ses lyrics aux gens qui l’entourent, payant parfois pour un jeu de mots, une phrase, un proverbe…
La force de sa musique vient de l’expérience très particulière de Trench Town. Des assassinats par centaines, une population terrorisée, la vie devenue impossible : la situation se dégrade inéluctablement. Séquelles du colonialisme, guerre froide, système complexe impliquant des narcotrafiquants colombiens, la CIA et certains hommes politiques influents de l’île ? Les  » maîtres du monde  » prennent des populations innocentes en otage. Mais la philosophie et la musique rastas sont là pour dévoiler les ficelles de ce jeu meurtrier et envoyer au monde un signal d’alarme. Une enquête minutieuse qui secoue le mythe reggae, tout en lui rendant justice.

Éditeur : Flammarion • Édition : 27/06/09 • Pagination : 396 •

 
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Publié par le avril 25, 2012 dans Club de lecture, Jamaïque

 

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Ghettos de Kingston (2/3) : l’émergence des musiques populaires jamaïcaines

Nous poursuivons notre dossier sur les bidonvilles de Kingston pour évoquer leur importance dans l’émergence des musiques populaires jamaïcaines, puisqu’en leur sein les sound systems et le ska apparaissent et s’installent entre les années 1940 et 1960.

Le jazz, le rhythm and blues américain, la radio et les sound systems

Le jazz des grands orchestres (Count Basie, Duke Ellington, Louis Armstrong, Glenn Miller), déjà présent sur l’île depuis les années 1930, connaît un succès croissant après la seconde guerre mondiale. Alors que les groupes de mento  (musique traditionnelle issu du calypso trinidadien) ou calypso jamaïcains se produisent dans les hôtels chics de l’île, des formations de jazz font leur apparition dans les quartiers pauvres de la capitale et  gagnent en popularité.

Egalement appréciés des habitants de Kingston.le rhythm and blues, le swing et le rock’n’roll sont également très populaires chez les jeunes, fans des derniers tubes de Fats Domino, Louis Jordan, Amos Milburn, Roscoe Gordon, Brook Benton, Aretha Franklin, Curtis Mayfield et autres Ray Charles.

Pour les Jamaïcains majoritairement pauvres et sans emploi, ces nouveaux styles musicaux, modernes,urbains et dansant, plus en phase avec leur époque sont un moyen d’échapper à la triste réalité du quotidien. L’heure de gloire du mento jamaïcain,  considéré comme un style obsolète et provincial prend fin avec l’explosion du rhythm and blues au milieu des années 1950.

Toutefois, la majorité des boites de nuits et salles de concerts sont réservés à la bourgeoisie. Les plus démunis, c’est-à-dire la majorité de la population, se tournent alors vers deux moyens de communication en plein essor dans cette Jamaïque des années 1950 : la radio et le sound system.

En effet, l’apparition de la radio bouleverse la vie des jamaïcains. Après avoir passé la journée à courir après quelques billets, les plus pauvres se réunissent la nuit dans un yard (la cour commune) autour d’un poste radio pour écouter les derniers tubes afro-américains programmés par les deux seules radios locales : la Radio Jamaica Rediffusion (RJR), fondée en 1950, et la Jamaica Broadcasting Corporation (JBC), fondée en 1959.

De même, quand les conditions climatiques le permettent, ils se branchent sur des stations de Nashville, de la Nouvelle-Orléans (WONE) et de Miami (WINZ) qui n’hésitent pas à programmer la crème du rhythm and blues noir américain.

Outre la radio, les sound systems jouent un rôle significatif pour ce qui est de la diffusion du rhythm and blues au quatre coins de l’île.

En effet, les importations de matériel hi°fi sont en pleine croissance depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Un sound system c’est une sono embarquée dans un camion, faisant le tour de la Jamaïque.  est constitué d’un selecterprogrammateur qui choisit les musiques pour faire bouger, et du toaster (terme qui disparaîtra dans les milieux electro,techno ou hip-hop pour devenir DJ) qui commente et anime la session du selecter au micro. Encourageant la foule ou commentant le quotidien dans les sounds, les toasters utilisent un phrasé original parfois proche de la psalmodie, entre parler et chant mélodique. Cette pratique, le « talk over » est à l’origine du rap.Les premiers sound systems sont très rudimentaires : une platine vinyle, un amplificateur et deux enceintes.

Dès la fin des années 1940, des soirées s’organisent donc à Kingston dans un premier temps, puis dans l’île toute entière, autour de sonos mobiles plus connues sous le nom de sound systems.

Révolution sociale à part entière, la culture du sound system se développe de manière phénoménale pour des raisons bien précises.

D’une part, comme mentionné précédemment, au milieu des années 1950 la radio, à l’instar des salles de spectacles ou des discothèques, reste encore un luxe pour de nombreux jamaïcains.

D’autre part, les deux seules radios locales (RJR et JBC) ne reflètent pas complètement les goûts et préférences des jeunes jamaïcains. Entièrement contrôlées par le gouvernement jamaïcain, elles programment des artistes au style propre et lisse et sont donc considérées comme étant trop conservatrices, trop politiquement correctes, voire trop « blanches » par les jeunes des ghettos. Ces derniers préfèrent donc se tourner dès qu’ils le peuvent vers les sound systems dans lesquels la censure n’existe pas et dont les droits d’entrée sont accessibles à tous.

Les premiers propriétaires de sound systems de l’île s’appellent Tom The Great Sebastian qui contrôle Luke Lane et Charles Street ; Count Smith installé à Greenwich Town ; V Rocket ; Sir Nick ; Admiral Cosmic et Lord Koos. Mais, c’est la deuxième vague d’operators (operator est le terme anglais désignant le propriétaire d’un sound system) vers la fin des années 1950 qui va véritablement révolutionner et influencer l’histoire de la musique jamaïcaine. Agés de moins de vingt ans pour la plupart, ces operators  maîtrisent pleinement ce nouveau concept devenu un outil à la fois social et commercial et le perfectionne.

Clement Dodd alias « Coxsone », Arthur « Duke » Reid, Vincent « King » Edwards et l’innovateur Cecil Campbell alias Prince Buster respectivement à la tête des sound systems Sir Coxsone’s Downbeat, Trojan, Giant et Voice of the People, sont les piliers de cette nouvelle vague. Du milieu des années 1950 à la fin des années 1960, ils règnent en maîtres sur la vie nocturne des ghettos, se menant une guerre sans merci et ayant recours à la violence lorsqu’il le faut pour s’approprier les faveurs du public (Duke Reid, ancien agent de police, est par exemple réputé pour ses méthodes musclées d’intimidation ; il est couronné roi du « Sound and Blues » sur Beat Street de 1956 à 1958). Ils sont également les premiers à produire et à programmer dans leurs sound systems des artistes locaux de rhythm and blues, puis de ska, style musical qui naît d’un mélange de rhythm and blues jamaïcain, de jazz et de mento.

Les operator de Sound Systems : Coxsone, Duke Reid et Prince Buster

La naissance du ska

Du rhythm and blues américain au rhythm and blues jamaïcain

A l’aube de l’indépendance de l’île (1962), les sound systems sont dépendants de cette musique noire américaine pour continuer à faire danser et rêver la jeunesse jamaïcaine. Or la déferlante de rhythm and blues, s’essouffle mystérieusement vers la fin des années 1950, avant de complètement disparaître de la scène musicale au début des années 1960. Afin de pallier à ce manque, les propriétaires de sound systems tels que Coxsone, Reid ou Prince Buster enregistrent des groupes locaux de rhythm and blues dès la fin des années 1950. Ces enregistrements sont immédiatement pressés sur vinyles afin d’être diffusés dans les sounds systems.

Le rhythm and blues jamaïcain se diffère de son modèle américain à plusieurs niveaux. D’une part, on y retrouve des influences venant du traditionnel mento et des musiques latines, telles que le merengue dominicain et le calypso de Trinité-Et-Tobago, lesquelles sont complètement absentes du rhythm and blues américain. D’autre part, le rhythm and blues jamaïcain étant à l’origine créé pour être joué en sound systems, les lignes de basse sont volontairement accentuées afin de faire vibrer le public. Enfin, contrairement aux chanteurs de rhythm and blues américain qui puisent leurs inspirations dans le gospel, issu du protestantisme d’Amérique du Nord, les chanteurs de rhythm and blues jamaïcain s’inspirent du gospel des églises revivalistes (le Revival est une religion née dans les années 1860 en Jamaïque combinant des pratiques animistes africaines avec des éléments de la religion chrétienne). Lloyd « Bunny » Robinson et Noel « Skully » Simms, plus connus sous le nom de Bunny & Skully, font partie des premiers artistes jamaïcains à faire du rhythm and blues. Derrick Morgan, Owen Gray, Wilfred « Jackie» Edwards, Eric « Monty » Morris, Hortense Ellis (la sœur d’Alton Ellis qui est à l’époque danseur), Laurel Aitken, Joe Higgs et Roy Wilson (Higgs & Wilson) parmi tant d’autres font également partie de cette génération de pionniers du rhythm and blues jamaïcain, avec  ponctuellement en backside sur certains des albums les plus prodigieux des musiciens de jazz (Rico Rodriguez, Don Drummond, Roland Alphonso, Johnny « Dizzy » Moore, Ernest Ranglin, Cluett Johnson alias Clue J.

Du rhythm and blues jamaïcain au ska

Le groupe Les Blues Busters, dont les musiciens chevronnés et ayant reçu un enseignement académique ont l’habitude d’accompagner tant des groupes de mento que de jazz, accentuent les rythmes de mento et les influences jazz du rhythm and blues jamaïcain pour créer un nouveau style de musique.

Initialement appelé shuffle, ce dernier devient le ska, véritable fer de lance d’une nouvelle culture urbaine et précurseur du rocksteady et du reggae.

Parmi ces musiciens on retrouve Ernest Ranglin et Rico Rodriguez qui jouent occasionnellement au sein des Blues Busters, aux côtés de Theophilius Beckford et le fantastique pianiste âgé de seulement 14 ans, Monty Alexander.

Comme le mento auparavant, le ska naît d’un brassage de diverses influences musicales tel que l’explique le producteur de reggae Bunny Lee dans Reggae-Deep Roots Music:
« On a combiné le mento et le jazz pour produire un nouveau style initialement appelé shuffle. […] Les musiciens jamaïcains ont intégré des lignes de basse de boogie-woogie ainsi que des notes de blues. On a aussi fortement accentué le contretemps du mento. Les contretemps sont devenus de plus en plus courts et de plus en plus distants. On jouait ces nouveaux rythmes syncopés à la guitare et au piano. La première personne à avoir enregistré ce rythme « ska » est Ernest Ranglin lorsqu’il jouait avec Cluett Johnson (Clue J.) et les Blues Busters. Un jour il essayait de faire sortir un son de sa guitare et il a dit « fait la sonner ska !ska !ska ! ». Et c’est ainsi que le nom « ska » est né. ».

De nombreuses critiques affirment que « Oh Carolina » (1961) des Folkes Brothers (le trio composé de John, Mico et Junior Folkes), produit par Prince Buster, est la première chanson typiquement ska. À noter que cette chanson se distingue comme étant le premier single jamaïcain incluant des percussions rastas ou nyabinghi (jouées par Count Ossie). D’autres attestent au contraire que c’est la chanson « Easy Snapin » (1959) de Theophilus Beckford, produite par Coxsone quelques années plus tôt, qui est le premier morceau véritablement ska.

Quoiqu’il en soit, au début des années 1960, le ska devient rapidement le style musical jamaïcain à la mode. Il symbolise l’identité musicale de l’île et son succès coïncide avec l’indépendance de la Jamaïque en 1962.

Parmi les autres grandes figures du ska on peut également citer de manière non exhaustive : Derrick Morgan, Lord Creator, Eric Morris, Laurel Aitken, Millie Small, Jimmy Cliff, Toots & The Maytals, Byron Lee et les Dragonnaires, les Wailers, sans oublier les très célèbres Skatalites.

Plus tard le ska se transformera en rocksteady, puis naîtra le reggae.

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Lire aussi : Jérémie Kroubo Dagnini, Les origines du reggae: retour aux sources. Mento, ska, rocksteady, early reggae, L’Harmattan, coll. Univers musical, 2008 (ISBN 978-2-296-06252-8),

 
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Publié par le avril 25, 2012 dans Club de lecture, Jamaïque

 

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Les ghettos de Kingston 1/3

Dans Island Song, Alex Wheatle décrit très bien les bidonvilles de Kingston, leur population bigarrée, la vie organisée autour des cours (les yards) où promiscuité, insécurité, drogue, prostitution côtoient également entraide et petits bonheurs.

Dans la réalité, Kingston est une ville surpeuplée d’environ 700 000 habitants (pour seulement 500 km2), dont plus des deux tiers  vivent dans des « ghettos » qui ont le nom de Ferry, Trench Town, Myrrhvilla, Waltham Park, Crescent Road, Bull Bay et Whitfield Town etc.

Exode rurale dès les années 30

Le phénomène de dépeuplement des campagnes s’accroît dès 1930.Le crash financier de 1929 et le cyclone qui frappe la Jamaïque en 1930 créent une importante récession économique dans le secteur agricole. Ainsi, lorsque les activités cessent dans les fermes et les mines de bauxite de Trelawny, Saint Elizabeth ou Clarendon, les Jamaïcains de l’arrière-pays sont nombreux à aller tenter leur chance à Kingston. Malheureusement, peu d’entre eux ont l’opportunité de trouver une activité rentable dans cette capitale surpeuplée, le marché du travail étant désormais saturé.

A la pénurie d’emplois s’ajoute un manque accru d’habitations et d’infrastructures. Les bidonvilles se développent à une vitesse incroyable dans la partie ouest de la capitale notamment. Par conséquent, à défaut de trouver une vie prospère à la ville, la grande majorité de ces nouveaux habitants n’y trouve que misère, pauvreté et insalubrité.

Politique Gangs et drogues

La vie politique en Jamaïque s’organise autour de deux grands partis, soit le Jamaica Labour Party (JLP) et le People’s National Party (PNP).

Pour contrôler leurs sphères d’influence réciproques, les leader politiques de chaque camp se sont rapidement entourés de milices recrutées dans les ghettos.

Sous la protection d’une partie des autorités de l’Etat, certains ghettos de Kingston et d’autres villes, sont de fait contrôlés par des chefs de gang, appelés « dons« .

L’usage des armes à des fins politiques ou économiques s’est très rapidement banalisé. Puis les posses, ces gangs asservis aux pouvoirs et d’une brutalité implacable, ont élargi et diversifié leurs champs d’activités, notamment dans le commerce des drogues : trafic de cocaïne de l’Amérique du Sud à l’Amérique du Nord et l’Europe et l’exportation de marijuana jamaïquaine.

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Un roman décrit très bien les liens entre les gangs, la drogue et la politique : Born Fi Dead – Laurie Gunst

Lire aussi l’article du Monde Diplomatique : En Jamaïque, les « ghettos » contre l’Etat

 
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Publié par le avril 4, 2012 dans Club de lecture, Jamaïque

 

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Les contes d’Anansi

La grand-mère des soeurs Rodney, protaganistes du roman Island Song d’Alex Wheatle a des talents de conteuse et sait captiver son auditoire, notamment en racontant les histoires d’Anansi.

Originaire d’Afrique occidentale, Anansi  l’araignée a traversé l’Atlantique avec les victimes de la traite, tissant son fil du pays Ashanti au rivage de Guyane en passant par l’archipel Caraïbe où, contrairement à compère Lapin, figure familière des Antilles françaises, son souvenir s’est surtout fixé dans la sphère anglophone, tout particulièrement à la Jamaïque et à Curaçao.

Les histoires d’Anansi (également orthographié Ananse ou Anancy et mentionné comme Kwaku Ananse) ont été emmenées à la Caraïbe par les ancêtres africains de l’Ouest pendant l’esclavage. Ancré dans les traditions du peuple Ashanti au Ghana, les histoires d’Anansi constituaient un moyen d’évasion temporaire pour les esclaves capturés dans les Caraïbes. Tout comme Anansi, de nombreux esclaves devaient employer leur intelligence, leurs compétences non conventionnelles et la sagesse pour survivre.

Jusqu’à ce jour, les histoires d’Anansi continuent de jouer un rôle important dans le conte et la formation de la morale dans la plupart des îles des Caraïbes. Bien que le contexte de plusieurs de ces histoires a été inévitablemenet altéré pour cadrer avec les différentes traditions culturelles et les pratiques inhérentes aux différentes communautés des Caraïbes, les éléments essentiels, tels que la nature animale /semblable à l’humain d’ Anansi, son intelligence, la ruse, la sagesse et ses défauts de caractère restent tous pareils.

Anancy en ligne

Les histoires d’Anancy se vivent en livre, livre d’activités et DVD grâce au duo de conteur et webgraphiste- illustrateur d’ Anancy-stories.com  qui lui ont donné vie.

Lire aussi :

Le roman d’Anansi, ou Le fabuleux voyage d’une araignée / présentation et essai, Armelle Détang: Caret, 2006. – 491 p. : ill. ; 19 cm. – (Petite bibliothèque du curieux créole, 7).ISBN 2-912849-07-1

 
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Publié par le mars 9, 2012 dans Club de lecture, Jamaïque

 

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Naissance du rastafarisme et du premier rasta

Un autre thème évoqué dans le roman Island Song d’Alex Wheatle est la naissance du rastafarisme. A travers les personnages de Levi, le mystique en rupture avec la religion des colons, vivant en harmonie avec la nature  et David, le jeune homme fédérateur, plein d’empathie et d’espoirs, rude travailleur, avec une conscience sociale et politique aiguisée, on assiste à une volonté de refus d’adhésion au modèle proposé de la  société Jamaïcaine des années 30-40, dans laquelle la dépendance à la religion, le manque d’éducation, maintiennent la majorité rurale dans la pauvreté et l’injustice. A travers eux, on perçoit également l’hostilité et la crainte de la population, ainsi que la violence policière à leur égard.

Ces personnages de fiction ne sont en fait pas très loin de la réalité :

On attribue à Leonard Percival Howell, la fondation du mouvement rastafari. Plus une philosophie de vie et une culture, qu’une véritable religion, le rastafarisme d’Howell est la combinaison  d’une vision afrocentrée de la Bible, du marxisme, de l’hindouisme, la mise en pratique des préceptes des leaders panafricains Marcus Garvey, le « Prophète » et George Padmore, le syndicaliste.

Howell est né en 1898 à Clarendon, une région agricole de l’île. Indépendant et fantasque, il quitte le pays très tôt et s’installe à New York où il fréquente les meetings de Marcus Garvey.

Il voyage vers Panama où de nombreux Jamaïcains et Caribéens sont venus construire le canal et s’engage dans l’armée en 1917. Il navigue pendant 8 ans comme cuisinier et visite ainsi l’Afrique, l’Europe et l’Asie, avant de déserter lors d’une escale.

La prophétie de Marcus Garvey

« Regardez vers l’Afrique, où un roi noir va être couronné, car le jour de la délivrance est proche ».

En 1930, un régent d’une province tribale, prince de son état, hérite du trône de l’Empire éthiopien.

Le Ras Tafari Makonnen, petit neveu du grand Ménélik II, 225ème descendant d’une lignée qui remonte au Roi Salomon devient Haïlé Sélassié Ier, Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, Lion Conquérant de la Tribu de Judée.

Leonard Howell, adepte de la pensée de Garvey, qui a étudié la Bible pendant trois ans est convaincu : Haïlé Sélassié est le messie, le Christ qui revient comme l’annoncent les textes (notamment ceux de l’Apocalypse de Saint-Jean).

En effet, la Bible mentionne que le Christ reviendra après environ deux mille ans et qu’à son retour il sera le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs, Lion Conquérant de la Tribu de Judée.

Il en conclut également qu’une partie de la Bible a été transformée au profit de l’homme blanc ; d’ailleurs, de nombreuses études scientifiques tendent désormais à prouver que vu l’endroit et l’époque, les principaux personnages bibliques, dont le Christ, étaient probablement de couleur.

De retour en Jamaïque en 1932, Howell soutient l’action de Marcus Garvey et contribue à la déification d’Haile Sélassié, messie revenu sur terre pour sauver les noirs, qui se doivent de retourner en Afrique .

Howell commence à prêcher en 1933 après le sacre de l’empereur Haile Selassie I. En 1934, il fonde la Société pour le Salut Ethiopien (Ethiopian Salvation Society). Il est emprisonné pour avoir essayé de vendre 5 000 photos de Haïle Selassie, qu’il présentait comme des passeports pour l’Ethiopie.

C’est le début de nombreux procès pour Howell qui prône la soumission à l’empereur d’Ethiopie et non à la Reine d’Angleterre, pour lequel il refuse le  versement des impôts. Lors d’un procès en 1935 il s’adresse ainsi au juge sur un ton inimaginable à l’époque :  » je te conseille de me donner la peine maximale, car bientôt, lorsque je siégerai à ta place, je ne te raterai pas « .

Création du Pinnacle

A sa sortie de prison en 1936, il fonde la première communauté rasta : le Pinnacle, près de Spanish Town  dans les collines isolées de la Jamaïque, lieu historique de refuge pour les esclaves en fuite appelés « Maroons ».

Il y prend le nom de Ganguru Maragh, ou Gong pour les intimes. Le lieu devient le domicile et la ferme communale d’ hommes, de femmes et d’enfants. La culture de coton et de ganja (la communauté possédait plus de 180 000 pieds …) leurs assurent leurs revenus et ils vivent en autarcie.

La communauté de Pinnacle n’étant pas extensible, une diaspora se forme progressivement, regroupant des individus issus de la communauté, mais incités à trouver ailleurs leur bonne fortune. Certains se joignirent aux familles pauvres et expropriées du bidonville situé dans le quartier surpeuplé de Back O’ Wall, à l’ouest de Kingston. C’est à partir de ce quartier que le rastafarisme se diffusera dans la capitale, puis dans l’île.

Les fondements du Rastafarisme

Par le biais de raisonnements en cascade, la pensée Rasta s’élabore. Les principaux postulats sont les suivants :

Haïlé Sélassié est Dieu (JAH, par contraction de Jéhovah) ;

Dès lors, de nombreux Noirs jamaïcains dont beaucoup d’adeptes de Marcus Garvey adoptent cette nouvelle croyance et se donnent eux-mêmes le nom de Rastafari, du nom civil de Sélassié.

Les Noirs revivent l’histoire des Juifs en Egypte (400 ans d’esclavage, sur une terre qui n’était pas la leur) ; le salut du peuple noir se trouve dans son rapatriement vers l’Ethiopie, au sens étymologique du mot (la terre des faces noires).

Les Rastas sont en rupture totale avec le système, qui (re)devient Babylone, la cité de la perversion et du mal.

Suivant les recommandations du Lévitique, les rastas ne se rasent plus, ne se peignent plus et ne se coupent plus les cheveux. C’est ainsi qu’ils héritent de leurs légendaires dreadlocks.

Ils ne mangent plus de viande, et fument « les feuilles de l’arbre de vie qui sert à la guérison des nations », en attendant le jour du retour vers Zion, soit la terre promise africaine. La Ganja, nom indien du cannabis, a été introduite en Jamaïque par les travailleurs Indiens arrivés dans l’île au XIXe siècle pour prendre le relais de la main-d’oeuvre noire après l’abolition de l’esclavage.

Bien plus tard, vers les années 60, le rastafarisme trouvera sa musique-étendard, le reggae.

Entre internements psychiatriques et oubli

Considéré comme fou, Howell est plusieurs fois enfermé dans un asile psychiatrique ou en prison. Sa maison est incendiée. Il subit les attaques des politiciens, de la police et de l’Eglise.

En 1954, le bastion de Pinnacle est relié au réseau routier de l’île, ce qui met à mal la tranquillité de la communauté. Le succès de son petit commerce attire également les gangs, qui bientôt s’entre-tuent pour le contrôle du trafic de l’herbe. Non violent, Howell subit des assauts répétés et doit quitter son domaine en 1958, après avoir dispersé la communauté.

Il se réfugie à Tredegar Park, où il vivra terré et paranoïaque, sombrant dans l’anonymat comme Marcus Garvey, oublié des siens, comme de ses ennemis.

Tuff Gong, Bob Marley et Leonard Howell unis dans la mort

Il meurt en 1981, la même année que Bob Marley. Ironie de l’histoire, Bob Marley avait fait d’Howell un de ses maîtres spirituels, même s’il se promettait d’échapper à son destin, chantant  » moi, je serai plus dur (‘tuff’) que le Gong (Howell) « . C’est même cette référence qui servit de nom au label créé par Marley, Tuff Gong .

 Le premier rasta

12 ans après la sortie de son livre, la journaliste Hélène française, Hélène Lee réalise le documentaire, Le premier rasta, qui  raconte la vie de Leonard Percival Howell

Lire aussi :

Sur Wikipedia : Mouvement rastafari

Le premier rasta Leonard Percival Howell   : article de Libération (1998)

 
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Publié par le mars 7, 2012 dans Club de lecture, Jamaïque

 

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Les communautés Maroons de Jamaïque

Dans le roman Island Song d’Alex Wheatle, le père des héroïnes, Joseph Rodney est d’origine Maroon. Une opportunité pour nous de découvrir qui sont ces fameux Maroons de Jamaïque….

Les Maroons sont les descendants directs de ces célèbres guerriers africains des 17ème and 18ème siècles qui se sont échappés des plantations esclavagistes britanniques et se sont battus pour leur liberté, obligeant le gouvernement colonial britannique à leur réclamer un traité de paix en 1739. Leur chef et fondatrice était Queen Nanny, qui est devenue une héroïne nationale, et dont on trouve le portrait sur le billet de 500 $ jamaïcains.

Les premiers Marrons, bien qu’originaires de régions d’Afrique de l’Ouest différentes et de différentes ethnies, étaient menés par des individus parlant l’Akan et venant des régions qui correspondent au Ghana et à la Côte d’Ivoire actuels. Il semble que les traditions culturelles Akan apportées par ces leaders aient fini par dominer la nouvelle culture d’inspiration Africaine instaurée par les Marrons à la Jamaïque.

Aujourd’hui les descendants des Marrons se composent de quatre principales communautés en Jamaïque : Accompong, à l’est, dans la région accidentée de Cockpit ; et Moore Town, Charles Town et Scott’s Hall dans les Blue Mountains, à l’ouest.

Langue :

Les Marrons parlent toujours une langue rituelle appelée Kromanti, dont le nom est dérivé de Cormantin, sur la côte du Ghana actuel. Le vocabulaire de cette langue vient principalement de langues Akan , telles que l’Asante-Twi et le Fanti.

La musique  :

Les plus anciens genres musicaux sont pratiqués dans la tradition religieuse d’origine africaine appelé Kromanti (nom venant de Cormantin, une ville et un fort sur la côte de l’actuel Ghana). Les cérémonies Kromanti, qui traitent en premier lieu de guérison spirituelle et à l’aide de plantes médicinales, incluent plusieurs genres de musique, de percussion et de danse dont les noms proviennent de peuples ou de régions d’Afrique de l’Ouest qui ont contribué aux groupes Marrons originels.

Patrimoine de l’Humanité

En 2003, l’Unesco a officiellement déclaré la tradition musicale des Marrons de Moore Town « Chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité », renforçant ainsi l’espoir que ce répertoire marron unique de savoirs ancestraux et de valeurs esthétiques puisse être transmis aux générations futures, en dépit des pressions qui ont conduit à son déclin chez les Marrons les plus jeunes.

Visionnez l’émission spécialement dédiée aux Maroons de Bworld Connection en compagnie de Brother Jimmy :

Lire aussi :

La Jamaïque

Sur Wikipedia : Histoire de la Jamaïque

Nanny des Marrons, figure de résistance des esclaves de la Jamaïque

La musique marronne de Jamaïque

 
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Publié par le mars 6, 2012 dans Club de lecture, Jamaïque

 

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Island Song d’Alex Wheatle

« Elle se demandait dans quel genre de monde elle avait mené ses deux filles – le cycle assommant de la vie dans la campagne jamaïcaine. Aucune chance pour elles de partir à l’aventure et voir le monde… » Mais Jenny et Hortense Rodney, deux sœurs descendantes des farouches Marrons, comptent bien voir le monde. Ce roman est leur histoire, où Alex Wheatle part en quête de ses propres origines familiales.
Après une enfance dans la Jamaïque rurale, après les boulots ingrats, les arnaques, les fêtes de quartier et les sound systems de Trenchtown, elles saisissent leur chance : elles partent avec leurs maris pour l’Angleterre, pays des richesses lointaines, où elles s’installent entre les rues mornes et les cafés jazz de Brixton, et deviennent mères à leur tour.

Écrit dans une langue chaude, musicale, inventive et urbaine, servie par une traduction vivante et originale, Island song fait le portrait émouvant de la Jamaïque du XXe siècle, ses histoires et ses traditions, un récit épique mêlant amour, rire et solidarités familiales, où les drames le disputent à la joie, où les départs créent de nouvelles rencontres.
C’est aussi une formidable peinture sociale de cette Jamaïque en mutation, qui voit ses paysans sédentaires devenir des ouvriers urbains déracinés, son catholicisme traditionnel bousculé par la modernité et l’exil.
Émigration, bouleversement des gens, des croyances et des modes de vie : au milieu du tourbillon, il reste la famille et la communauté, avec ses fractures, sa richesse, ses mystères.

Bien qu’il lui soit postérieur, Island song, précède Redemption song avec lequel il dessine un diptyque : le premier explore les origines et l’histoire de l’immigration jamaïcaine à Londres, et le second le destin de cette communauté noire et pauvre du quartier de Brixton.

« Simple, généreux, poignant et déchirant » Daily Mail

« Un pro de la prose : un des auteurs les plus excitants de la communauté noire urbaine » The Times

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Publié par le mars 6, 2012 dans Club de lecture, Jamaïque

 

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