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Archives Mensuelles: février 2012

Lecture d’Une si Longue Histoire : les réactions

Chers lecteurs, nous avons eu notre première soirée littéraire de la saison. Le sujet de cette soirée était la lecture d’Une si longue histoire d’Andrea Levy. Voici ce qu’il en est ressorti :

Malgré un sujet profond, l’esclavage, la lecture du roman est étonnement rapide, simple et agréable : c’est le grand talent d’écriture d’Andrea Levy, précis, sans fioritures. Ce n’est pas pour rien qu’elle a été récompensée pour son roman Islang Song (Hortense et Queenie) par le prix Costa awards, qui reconnaissent tant le mérite littéraire qu’une lecture agréable, rendant accessible la lecture à une plus grande audience.

Le ton du roman participe également à son intérêt. Bon nombre de romans ont traité auparavant du sujet de l’esclavage, mais celui-ci se distingue par un humour caustique (très anglais pourrions-nous dire !), une autodérision fine, basculant même parfois  dans le burlesque, la grosse farce !

Cette légèreté, ce détachement, n’enlèvent cependant rien à l’intensité de l’histoire et la crudité et cruauté des faits : ils mettent plutôt en exergue le fait que le concept même de l’esclavage, de la Traite négrière, des crimes contre l’humanité et relations entre humains engendrés, sont surréalistes, extrêmes et dépassent toute rationalité…

Autre originalité de ce roman : il n’est pas manichéen, les blancs n’y sont pas basiquement les mauvais et les noirs les gentils. De même que les esclaves ne restent pas sagement et misérablement à attendre que les « bons » blancs viennent les libérer, dans un enfer dans lequel ceux-ci les ont eux-mêmes mis (ce fameux mythe de l’abolition, occultant toutes les luttes des esclaves et des nègres marrons pour se libérer eux-mêmes !). Au quotidien, ils essaient à leurs façons de lutter et déjouer les mécanismes du système qu’avec le temps ils ont appris à maîtriser…

Particulièrement lucides de leurs situations, avec une clairvoyance très fine dans le caractère et le comportement de leurs maîtres dont ils se moquent habilement en toutes circonstances.

En décrivant l’effronterie, la roublardise, la jalousie et d’autres défauts de certains noirs (mais est-ce un défaut de tout faire pour survivre…), André Levy reflète toute la complexité de l’être humain, quel qu’il soit. Elle se focalise sur les faits (la mise en esclavage et la cruauté de traitement des esclaves) car son ambition est surtout, de tirer les conclusions de l’esclavage, de cette part sombre de l’histoire tant Occidentale, qu’Africaine et Américaine pour poser la question du vivre ensemble dans la société britannique actuelle et par extension dans les sociétés européennes ex esclavagistes comme la France, le Portugal, l’Espagne.

Le va et vient constant entre récit et narration est un facteur dynamique qui tient le lecteur alerte. Lorsque July, devenue une vieille dame prend la parole et revient sur sa vie, mêlant avec délice, vérités et mensonges, cela nous ramène à la grande tradition orale africaine qui s’est perpétuée au-delà des océans dans les cultures caribéennes et américaines.

Dans ce concert de louanges, surgit toutefois un bémol, en aucun cas du fait de l’auteur, mais de la responsabilité de la traduction en français. Ce bémol apparait dans l’adaptation en français, de la manière de s’exprimer des esclaves, en l’occurrence, l’utilisation par eux du Jamaican Patwa, le créole local, à base syntaxique anglaise, mélange de langues africaines et occidentales.

La traductrice, Cécile Arnaud, s’est contentée de faire parler « petit nègre » les noirs, restant dans le cliché . A aucun moment, il ne lui est semble t-il venu à l’esprit, que ce roman transposé dans l’espace français, devait se baser sur le créole à base syntaxique française, parlé dans la Caraibe francophone (Haïti, Guadeloupe, Martinique, Guyane) !  Encore une fois, la France oublie son passé esclavagiste! Non pas qu’on s’attende à ce qu’elle sache parler créole, mais au moins qu’elle puisse se rapprocher de linguistes spécialistes pour l’aiguiller dans ses recherches et trouver la meilleure adaptation possible. Du coup ce baragouinage incompréhensible et improbable dans le contexte caribéen, agace plus qu’autre chose…

On apprend beaucoup à la lecture sur les différentes classes régissant cette société esclavagiste :

  • Les relations entre esclaves des champs et esclaves domestiques
  • Les relations entre blancs anglais et blancs créoles, natifs de la Jamaïque
  • Les relations entre maitres et esclaves, plus complexes qu’on ne pense et l’interdépendance qui les lie et varie selon les circonstances, le poids du rôle que chacun doit jouer.
  • Le statut de la femme esclave, non seulement objet meuble appartenant à son maitre, mais aussi objet sexuel dont on abuse à sa convenance …
  • Le statut de cette même femme devenue « libre », qui use et abuse parfois de ses charmes pour améliorer son destin
  • L’importance du « colorisme » qui engendre le mépris des « teints clairs » (octavons, quarterons,mulâtres) pour les « teints foncés », la « négraille » et la quête d’une peau plus claire pour évoluer dans la société…

Et bien d’autres choses encore que vous découvrirez par vous-même !

Voilà, ce que nous pouvions dire pour l’instant d’Une si longue histoire. Il est temps, chers lecteurs que vous preniez la suite et les choses en mains et que vous partagiez vos impressions ! Alors aimé ou pas aimé ce bouquin ?

 
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Publié par le février 2, 2012 dans Club de lecture, Jamaïque

 

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